Un incident cybernétique se produit toutes les 8,5 minutes, soit nettement plus souvent qu’un sinistre classique causé par un incendie dans un bâtiment. Ce qui était autrefois considéré comme un sujet marginal dans le domaine de l’informatique constitue aujourd’hui un risque existentiel pour les entreprises, y compris les PME.

La cybercriminalité s’est développée pour former une « économie » à part entière, dont le montant mondial des dommages rivalise avec celui des plus grandes économies et qui est depuis longtemps plus lucrative que le marché de la drogue. Le taux d’élucidation des cybercrimes se situe dans la fourchette basse à deux chiffres, ce qui renforce encore l’attrait de ces délits pour les auteurs. Les types de sinistres typiques sont les attaques par ransomware avec chiffrement et/ou vol de données, ainsi que les scénarios de fraude tels que les factures falsifiées et les attaques par e-mail.
Il apparaît que le facteur humain est le maillon faible de la chaîne de défense : une formation insuffisante à la détection des e-mails de hameçonnage, une utilisation imprudente des réseaux sociaux et un faux sentiment de sécurité constituent des points d’entrée majeurs. À cela s’ajoutent des failles techniques dans les réseaux IoT (Internet des objets) des flottes, une protection insuffisante des mots de passe et des réseaux, ainsi qu’une gestion déficiente des correctifs (mises à jour logicielles régulières). Souvent, les plans d’urgence informatiques font défaut, ce qui empêche d’exploiter pleinement les potentiels de protection organisationnelle et financière.
Quiconque utilise les technologies numériques est exposé à des risques, de la petite entreprise de travaux agricoles à l’exploitation agricole d’envergure internationale. Les ordinateurs de bord connectés, les services cloud et les systèmes ERP (Enterprise Resource Planning = progiciel de gestion d’entreprise), la surveillance intelligente des champs et les équipements autonomes améliorent l’efficacité, mais constituent en même temps des points de vulnérabilité critiques. Les drones, les capteurs de surveillance du bétail et les systèmes intelligents de gestion des exploitations et des équipements s’appuient également sur des données en temps réel et des infrastructures cloud dont la compromission a un impact immédiat sur la valeur ajoutée de l’exploitation.
Environ 80 % des attaques visent directement les personnes, et non la technologie. L’ingénierie sociale et les tentatives de tromperie de plus en plus sophistiquées et évolutives, alimentées par l’IA générative, rendent plus difficile pour les collaborateurs de distinguer les communications légitimes des communications frauduleuses.
Une cyberattaque n’est pas un simple problème informatique, mais un enjeu opérationnel complexe pouvant affecter l’activité principale et même l’existence même d’une entreprise. Outre l’interruption de l’activité et une perte de temps considérable, elle entraîne des pertes financières, la perte de données et un blocage du développement commercial. À cela s’ajoutent un stress émotionnel, une tension au sein du personnel, ainsi qu’une perte de confiance et de réputation auprès des clients et des partenaires commerciaux.
En cas d’urgence, des questions essentielles se posent immédiatement : qui constitue ma « brigade anti-cyberattaques » ? Comment puis-je poursuivre mes activités quotidiennes, quels sont les processus d’urgence prévus et les sauvegardes fonctionnent-elles réellement ? La communication avec les collaborateurs, les clients, les partenaires commerciaux et les médias, l’information des autorités ainsi que l’évaluation du coût total de l’incident font partie d’un cadre réglementaire structuré ou d’un guide d’intervention en cas d’urgence.
Le renforcement de la cyber-résilience suit un cycle de vie : de l’analyse des menaces à la détection, en passant par la prévention, la préparation, la gestion des urgences et la reprise après sinistre. Avant toute cyberattaque, il faut se préparer. Les entreprises doivent connaître leur profil de menace et leurs vulnérabilités, sensibiliser leur personnel à l’aide d’exemples concrets de dommages et évaluer leur cybersécurité actuelle. Cela comprend un plan d’urgence informatique avec des listes de contacts à jour, une cyberassurance, des mesures de sécurité informatique de base telles que la gestion des correctifs et des sauvegardes, la protection du réseau et les logiciels anti-malware, ainsi que des formations régulières de sensibilisation pour les collaborateurs. En cas d’urgence, le prestataire informatique, en tant que « pompiers du cyberespace », détermine s’il s’agit d’une cyberattaque ou d’une panne informatique. Une cyberattaque est documentée et immédiatement signalée à l’assureur cyber, qui apporte son soutien, avec l’aide de partenaires spécialisés, pour en limiter les effets et y remédier. En mode de secours, le plan d’urgence informatique entre en vigueur ; parallèlement, les données sont restaurées et les systèmes informatiques nettoyés ou réinstallés. L’assureur cyber apporte un soutien financier pendant la phase de retour à la normale. Par la suite, les retards accumulés sont rattrapés et les enseignements tirés sont systématiquement consignés.
Le risque cyber est dynamique et évolue au gré de chaque nouvelle technique d’attaque et de chaque nouvelle étape de la numérisation. Les entrepreneurs agricoles et autres PME ne peuvent pas échapper à cette évolution, mais ils peuvent en revanche renforcer activement leur résilience. L’élément décisif réside dans la combinaison d’une culture de la sécurité mise en pratique, de responsabilités clairement définies, d’une protection technique de base, de collaborateurs formés et de l’implication de partenaires de confiance, tels que des prestataires informatiques spécialisés et des assureurs.
1. Utiliser des mots de passe sécurisés
Utilisez un mot de passe unique et long pour chaque système. Une combinaison de plusieurs mots choisis au hasard est souvent plus sûre et plus facile à mémoriser que de courtes chaînes de caractères.
2. Activer l’authentification à deux facteurs
Dans la mesure du possible, la connexion doit être sécurisée par un deuxième facteur (par exemple via votre smartphone). Même si un mot de passe tombe entre de mauvaises mains, l’accès reste protégé.
3. Gérer ses mots de passe de manière professionnelle
Les gestionnaires de mots de passe permettent de créer des mots de passe sécurisés, de les stocker de manière cryptée et de les rendre accessibles sur différents appareils. Cela réduit le risque de recourir à des listes de mots de passe ou d’utiliser plusieurs fois le même mot de passe.
4. Vérifier les coordonnées bancaires et les données de paiement
Les fraudeurs tentent souvent d’introduire de fausses factures ou des coordonnées bancaires modifiées. Avant d’effectuer un virement, il convient toujours de vérifier les nouvelles coordonnées bancaires via un canal de communication connu.
5. Sensibiliser les collaborateurs
De nombreuses cyberattaques commencent par un e-mail ou un message d’apparence parfaitement authentique. En cas de doute, mieux vaut se renseigner plutôt que de cliquer sur un lien malveillant ou de communiquer des données sensibles.
Cette liste a été établie avec l’aimable soutien de la société betriko/Agrarmonitor.
Ce texte a été rédigé à la suite du webinaire organisé avec notre partenaire, la Mobilière (Christoph Clavadetscher, expert en risque cyber, Competence Center Cyber Risk). La Mobilière propose des solutions de couverture qui sont brièvement présentées ci-après.
Les assureurs tels que la Mobilière se positionnent comme des partenaires dans la gestion des cyber-risques d’entreprise, et non pas simplement comme de simples remboursateurs. Ils proposent un Centre de compétence Cyber-Risque (C3R) qui assure la compréhension et l’évaluation des risques, des prestations de prévention ainsi qu’un réseau de partenaires spécialisés en cas de sinistre. L’assurance cyber est ainsi considérée comme un élément à part entière de la gestion des risques d’entreprise, comparable à un indicateur de certification attestant de la mise en œuvre d’une protection informatique minimale.
La valeur ajoutée pour les entreprises réside dans le renforcement du niveau de sécurité, la mise en œuvre de la protection informatique de base et l’accès à des partenaires contractuels spécialisés en cas de sinistre. Les offres de prévention incluses, notamment les formations de sensibilisation au facteur humain, contribuent à renforcer le « pare-feu humain ». La cybersécurité devient ainsi un sujet relevant de la direction et – le cas échéant – du conseil d’administration, au lieu de rester l’apanage du service informatique.
Auteure : Kirsten Müller
Articles associés
Abonnez-vous à notre newsletter et apprenez le principal en bref par courriel
Association agro-entrepreneurs Suisse
Rütti 15
CH-3052 Zollikofen BE
+41 56 450 99 90
Association Agro-entrepreneurs Suisse © 2026